Peut-être avez-vous déjà remarqué cette phrase sibylline lorsque vous commentez un blog. Vous avez lu les mots d’un(e) autre, les avez aimés, détestés, et souhaitez laisser une trace de votre passage, votre réaction. Vous écrivez votre petit mot, le relisez (ou non) et puis avant de valider il vous faut prouver que vous n’êtes pas un robot en recopiant un ou deux mots « Ectoprut zadig » par exemple ou n’importe quoi d’autre.
Allez savoir pourquoi, aujourd’hui, en commentant Contes de FIV, cette phrase est venue me titiller le neurone (car oui après une grossesse, un accouchement et 3 mois de pleurs quasi ininterrompus il ne m’en reste qu’un de neurone).
"Veuillez prouver que vous n’êtes pas un robot."
Eh bien aujourd’hui je me suis demandé si je n’en étais pas devenue un de robot justement. Si j’avais bien le droit de commenter ces articles, pleins de vie, d’attentes, de rires, de souffrances aussi. Si j’étais légitime, être de chair et de sang dépourvu de circuit électronique, de processeur et de programmation.
Mon bébé, mon amour est entré dans ma vie. Et je suis comblée. Vraiment. Heureuse, amoureuse de ma fille, aimant comme je n’ai jamais aimé. Mais quand même. Chaque jour ressemble aux précédents : lever, change, nettoyage des fesses, mouche bébé, sein, biberon, rot, sieste et on reprend au début pour recommencer jusqu’au soir et rebelote le lendemain matin. Pendant les siestes, on fait les machines, les papiers, les trucs chiants qu’on déteste.
Aujourd’hui ma fille est malade et j’ai dû rester à la maison pour la soigner. Et pour la première fois, j’ai regretté de ne pas être au travail. J’ai regretté de ne pas affronter ma chef et ses 1000 idées à la seconde (pas toujours mauvaises d’ailleurs), ne pas croiser d’autres adultes dans la journée, ne pas faire autre chose que des guiliguili et des areuh areuh. Même si j’adore ça.
Avec ma fille, je suis toujours d’humeur égale, je m’impressionne. Toute mon énergie, tous mes sourires sont pour elle. La mauvaise humeur, les doutes, la fatigue je les garde pour moi ou plutôt je les réserve. A son père souvent. Qui rentre crevé du travail mais qui trouve encore et toujours le temps pour sa fille. Et pour nous ?
Caillou s’endort tard. Vers 22 heures les bons jours, plus tard la plupart du temps. Quand elle dort enfin, on mange, range, parle impôts, factures et soucis. On se couche, tard. On s’endort un peu angoissés par la courte nuit qui s’annonce et la longue journée qui nous attend.
Parfois on se rend compte qu’on ne s’est pas pris dans les bras du week-end. Qu’on a traîné en jogging toute la journée. Que je suis mal coiffée, pas épilée, pas maquillée. Qu’il n’est pas allé faire du sport depuis des semaines. Qu’on s’oublie dans notre rôle de parent même si c’est le plus beau rôle qu’on ait eu à jouer.
Ce n’est certainement pas par hasard que cette phrase a retenu mon attention aujourd’hui. Parce qu’on a beau s’aimer très fort, et c’est notre cas, le quotidien fait vite de nous des automates. On a beau se dire qu’on est plus fort que tout, au fond on sait bien que c’est faux, qu’on est comme les autres, aussi fragiles. Aussi humains sous l’armure de robot qui nous recouvre le corps jour après jour.
Et vous, c’est quoi vos astuces pour repousser le robot qui est en vous ?

